Journées Européennes du Patrimoine

© Affiche réalisée par Romin Técher et Natasha Bruneau
Lieu : La Friche, au 1 Rue de la Poste, Le Port 97420, La Réunion
Heure : Samedi 19 et dimanche 20 septembre 2026 – De 10 à 18h
Public : Gratuit – Tout public
Objectifs JEP : Édition 2026
La 43e édition des Journées européennes du patrimoine aura lieu les 19 et 20 septembre 2026. Le vendredi 18 septembre sera réservé aux scolaires avec l’opération « Levez les yeux ».
Les JEP se placent cette année sous deux thématiques :
- le « Patrimoine de la photographie » au cœur de la mémoire collective à l’occasion du Bicentenaire de la Photographie. La manifestation nationale mettra ainsi l’accent sur les réalisations artistiques et techniques de la photographie, mais aussi sur le rapport intime que le médium entretient avec le patrimoine et les monuments historiques.
- le « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer », thème sélectionné au niveau européen. Cette riche thématique traite de l’impact des évolutions climatiques sur les sites patrimoniaux, les fonds d’archives, les collections artistiques et les pratiques du patrimoine immatériel, en mettant en avant des actions novatrices et durables pour les protéger comme de nouvelles techniques de surveillance et de restauration.
« Atlas des Gestes Communs et des Histoires Singulières »
JEP 2026 et résidence
Les Journées européennes du patrimoine 2026 offrent un prolongement naturel à la résidence « Atlas des Gestes Communs et des Histoires Singulières », en faisant dialoguer patrimoine architectural, patrimoine vivant et pratiques artistiques. À travers le regard porté sur la ZUP II, labellisée Architecture Contemporaine Remarquable, la résidence révèle un patrimoine habité, constitué autant par l’architecture que par les gestes, les usages et les récits de ses habitants.
En écho à la thématique nationale consacrée au patrimoine de la photographie, les JEP deviennent ainsi l’occasion de partager les traces et les récits collectés durant les six semaines d’immersion de Romin Técher et Marion Labouré, et de poursuivre la réflexion sur la manière dont l’image, la création et la mémoire collective contribuent à faire patrimoine.
La résidence s’inscrit ainsi pleinement dans les JEP 2026, en proposant de regarder et de transmettre autrement un patrimoine contemporain réunionnais : celui d’un quartier, de son architecture et surtout de celles et ceux qui le font vivre.
Présentation
Après six semaines d’immersion, de rencontres et de créations au cœur de la ZUP, Romin Técher (architecte) et Marion Labouré (artiste-plasticienne) ont apporté une nouvelle lecture du patrimoine par des actions collectives, lors de la restitution du vendredi 7 août.
L’occasion pour les habitants, les associations, les bénévoles et les partenaires de se réunir autour de la toute première résidence nationale d’architecture organisée en Outre-mer, intitulée « Atlas des gestes communs et des histoires singulières ».
Créée en 1974 et labellisée Architecture Contemporaine Remarquable (ARC) en 2021, la ZUP II se compose de dix bâtiments conçus par Marc Schaub, architecte majeur des années 60 à La Réunion et Maurice. Cette résidence invite à mettre en valeur le pied d’immeuble et à explorer la relation entre architecture, habitants et territoire.
Du 29 juin au 7 août, un bureau éphémère à la croisée des allées de la ZUP a été érigée par l’équipe résidente, un travail d’observation a été menée de pair avec les habitants pour accueillir l’écoute : Ron Kozé, ateliers d’expérimentation, de concertation, ateliers marmay de sculpture, de tissage, de crochet, de peinture de kabar, de confiance en soi…
Raviver l’expression individuelle au travers de l’usage d’un espace collectif, par le prisme de la transmission du patrimoine culturel vivant, d’une ZUP labellisée ACR, pour valoriser la remarquabilité des existences.
De par le passage et la prise de contacts, et le lien crée avec les habitants, c’est une théorie du partage qui a permis de donner à voir les histoires singulières de la ZUP. Ce qui transparait de cet ordinaire, est la manière d’habiter créole contemporaine, dans un quartier qui a su traverser les époques.
Une résidence portée par la Maison de l’Architecture de la Réunion, avec le soutien de ses partenaires financiers : La Région Réunion, la Caisse des Dépôts, la Direction des Affaires Culturelles de La Réunion (DAC), le Réseau des Maisons de l’Architecture (RMA), la Société d’Habitations à Loyer Modéré de La Réunion (SHLMR), le Préfet de la Réunion, la Ville du Port. La résidence a bénéficié également de l’appui de ses partenaires opérationnels : Le COARM, le CAUE Réunion, l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de la Réunion, l’Ecole supérieure d’art de la Réunion, le Centre social et culturel ZUP : Village Titan, les Compagnons Bâtisseurs, la FRAC de la Réunion, AGK – Ecritures sociales, Le Poids des mots.
Une résidence portée par Romin Técher et Marion Labouré
avec le soutien de la Maison de l’Architecture de la Réunion (initiée par Aude Quid’beuf Cousin, poursuivie sous la présidence de Yves Michel Bernard, avec la coordination de l’équipe de la Maison de l’Architecture de La Réunion et l’équipe de la résidence.)
© Vidéographie, réalisation et montage par Mehdi Boumahni
VOIR L’ORDINAIRE. ZUP 420
Aujourd’hui, dans notre monde, il y a trop de choses que l’on regarde sans jamais vraiment les voir. Maintenant que nous avons appris à regarder nous avons cessé de voir. On regarde ce qui est là parce que cela est présenté vers nous.
On regarde les éléments constitutifs. On regarde ce qu’on a appris à décortiquer comme contenant les noix de la compréhension. En architecture ou en tant qu’architecte, on regarde les murs, les façades, les balcons, les coursives, les espaces communs, les déchets et les tags. On regarde ce qui a été construit et altéré. Mais derrière chaque fenêtre, quelque chose continue de vivre, de tomber, de rire, de recommencer, d’entrer en résilience ou de sombrer en oubli.
Mais une architecture habitée n’est jamais que ça. Et heureusement que le matériel n’appartient qu’au matériel. Puisque murs et vies indiquent mouvements, changements, bouleversements. Alors ouvrons les systèmes pour qui ne soient pas compris que par leurs limites.
La vie elle, elle respire par les fenêtres ouvertes. Elle déborde sur les seuils. Elle s’accroche aux balcons. Elle résonne dans les escaliers. Elle s’use sous les pas. Elle marque des traces de celles et ceux qui sont passés là. Et au mieux, cette vie, sans rapport de domination sait se faire libre dans l’espace qu’on lui bâti.
C’est ce regard-là que nous avons cherché à prolonger avec Mehdi Boumahni, dans cette captation réalisée au cœur de la ZUP. Nous lui avons demandé à lui aussi, de nous faire voir.
Il ne s’agissait pas de faire un film sur la ZUP.
Encore moins de fabriquer une image qui viendrait dire aux autres ce qu’il faudrait penser de ce territoire.
Il s’agissait de voir.
Et peut-être que regarder véritablement est déjà une chose immense.
Regarder un enfant traverser un espace sans se demander s’il est prévu pour lui. Regarder une porte qui s’ouvre. Un balcon qui devient jardin. Une personne qui attend. Une autre qui passe. Une chaise déplacée. Une voix derrière une fenêtre. Une matière abandonnée qui trouve encore un usage. Un espace conçu pour une fonction et qui, depuis longtemps, en accueille une autre.
Tout ce qui paraît insignifiant devient alors une question.
Parce que l’ordinaire n’est jamais vide.
Nous sommes venus ici avec l’envie de comprendre comment on habite.
Et nous avons progressivement compris que nous ne pouvions pas séparer la manière d’habiter de la manière dont on a été conduit à habiter.
Il y a dans la ZUP des vies simples, des vies difficiles, des vies magnifiques, des vies abîmées, des vies qui se débrouillent avec presque rien et qui pourtant continuent de fabriquer quelque chose. C’est peut-être cela qui nous a le plus bouleversés. Ce qui nous a fait constater que la vie ne demande pas toujours la permission à l’architecture et au cadre pour trouver sa résilience. Pour que la vie prévale à tout prix, elle trouve une fente, elle s’y glisse, elle se poursuit.
Alors filmer devient une manière de ne pas détourner les yeux.
Pas pour tout montrer. Nous savons bien que cela serait impossible. Pas pour prétendre comprendre.
Mais pour laisser une trace de cette chose fragile que constitue une vie lorsqu’elle est en train de se faire.
Car derrière l’architecture remarquable, il faille d’abord en voir la remarquabilité des existences.
Cette vidéo est une archive du présent.
Une tentative de retenir quelques secondes de ce qui, demain, aura déjà changé.
© Photo prise par Colombe Dentin
Résidence financée et soutenue par :
PARTENAIRES FINANCIERS
La Région Réunion, la Caisse des Dépôts, la Direction des Affaires Culturelles de La Réunion (DAC), le Réseau des Maisons de l’Architecture (RMA), la Société d’Habitations à Loyer Modéré de La Réunion (SHLMR), le Préfet de la Réunion et la Ville du Port.
PARTENAIRES OPERATIONNELS
Le COARM, le CAUE Réunion, l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de la Réunion, l’Ecole supérieure d’art de la Réunion, le Centre social et culturel ZUP : Village Titan, les Compagnons Bâtisseurs, la FRAC de la Réunion, AGK – Ecritures sociales, Le Poids des mots
Démarches
Initialement, le propos se construisait autour de l’exploration de l’ordinaire qui s’intègre au territoire de la ZUPII. Travailler dehors, au plus près. S’infiltrer dans l’ordre naturel des choses pour pouvoir en déduire l’essence. Sans se faire embrigader par des pensées superposées par des perceptions orientées. Alors, le projet se comprend comme une invitation au sein du rythme de la ZUP. Avec le recul, cette démarche apparaît comme une expérience qui ne pouvait être dissociée des réalités qui composent ce territoire. Car en s’ouvrant à lui, il ne s’agissait pas seulement de recueillir des expressions, mais d’accepter que le lieu lui-même puisse répondre, parfois avec douceur, parfois avec résistance. Cette rétrospective permet alors de comprendre que l’acte de création partagé devient aussi un activateur de tensions, mais aussi prolongeant des attachements et des fragilités qui traversent un espace habité.
Stratégies
Notre manière d’entrer dans la ZUP II ne s’est jamais pensée comme une intervention. Car il existe une différence fondamentale entre venir dans un lieu et venir auprès de ceux qui le font exister. Nous avons cherché cette seconde posture. Celle qui ne considère pas l’espace comme une surface disponible, mais comme un ensemble de dynamiques déjà établis qu’il faut d’abord apprendre à reconnaître.
Alors, plutôt que de provoquer une rencontre, nous avons cherché à créer les conditions de son apparition. Avec des supports suffisamment ouverts pour que chacun puisse y projeter ce qu’il souhaite y déposer. Cette démarche supposait d’accepter une part d’incertitude. Car s’immiscer dans un territoire ne signifie pas en maîtriser les codes, mais accepter d’en devenir progressivement un observateur attentif. Les habitudes, les méfiances, les élans spontanés, les refus, les discussions imprévues sont devenus autant de matières de compréhension. Le projet ne s’est donc pas construit uniquement à travers ce que nous proposions, mais aussi à travers ce qui échappait à nos intentions initiales. Être accueilli dans la ZUP II ne pouvait pas être une évidence. Cela devait se mériter par la répétition des présences et par la sincérité de la démarche. C’est dans cet intervalle, entre notre volonté de créer et la réalité d’un lieu qui conserve ses propres règles, que la résidence a trouvé son équilibre.
Adaptations
La participation ne se décrète pas. Si l’ouverture des espaces et la simplicité des propositions permettaient une première approche, elles ne suffisaient pas toujours à faire tomber les distances. Le manque d’engagement ou certains rejets directs ne pouvaient être considérés comme des obstacles extérieurs au projet. Ils constituaient au contraire une part de ce que nous étions venus rencontrer. Il a alors fallu adapter notre posture. Ne pas chercher à convaincre à tout prix, mais comprendre ce qui pouvait rendre la rencontre possible. Repenser les temporalités. Modifier les formats. Réduire parfois l’intention initiale pour laisser davantage de place à l’instant présent. L’atelier ne pouvait plus être uniquement un espace de production, il devait devenir un espace où la présence elle-même avait de la valeur.
Cette adaptation nous a amenés à déplacer notre regard sur la notion d’engagement. Participer ne signifie pas toujours prendre un outil, répondre à une question ou s’inscrire dans une action collective. Parfois, cela réside dans un échange de quelques minutes, un regard depuis une fenêtre, une remarque lancée en passant, ou simplement le fait de revenir observer. Ces morceaux de vie appartiennent eux aussi à la construction d’une relation. Il a fallu accepter que la résidence ne transforme pas instantanément le rapport au lieu, ni le rapport au projet. La ZUP possède ses propres mécanismes de protection. Entrer dans cet espace supposait donc de ne pas demander une confiance immédiate, même si parfois acquise, mais de comprendre qu’elle se construit par une accumulation de signaux faibles.
Ainsi, les adaptations opérées n’ont pas consisté à contourner les difficultés rencontrées, mais à les intégrer comme une lecture supplémentaire du territoire. Car si l’architecture remarquable témoigne d’une époque de conception, les réactions humaines qui traversent aujourd’hui ces espaces témoignent, elles aussi, d’une histoire en mouvement. Et c’est précisément dans cet écart entre ce qui est proposé et ce qui est reçu que se situe la véritable matière de la résidence.
« La résidence d’architecture est un projet culturel créant les conditions d’une rencontre entre une équipe de professionnel·le·s fédérée autour d’un·e architecte ou d’un·e diplômé·e en architecture, et des populations, des élu·e·s, habitant·e·s, acteurs locaux, sur un territoire et dans un contexte donné.
La résidence d’architecture a pour vocation de contribuer à ouvrir le regard des populations locales sur les problématiques contemporaines liées à l’identité des villes et des territoires. Elle doit également susciter le débat sur la production architecturale, les usages et les modes de vie ainsi que sur les liens entre l’habitat et l’environnement local, qu’il soit urbain, naturel ou agricole.
Avec l’appui de la Maison de l’architecture qui mobilise son propre réseau autour du projet, l’équipe résidente associe à sa démarche les populations, les élues et élus, actrices et acteurs de terrain et plus largement l’ensemble des habitantes et habitants. Il s’agit de créer des liens, des synergies.
Durant leur temps de résidence, l’architecte et son équipe sont invités à rendre visible ce qui est là, à révéler des potentiels, des opportunités. Il ne s’agit pas de concevoir un projet, mais plutôt de produire une pensée, un récit, et de les partager avec celles et ceux qui vivent dans le territoire d’accueil.
À l’issue de la résidence, une restitution de la démarche est organisée. Donnant lieu à un temps fort convivial, elle constitue un moment de valorisation et de rencontre ouvert à toutes et tous.» – Réseau des Maisons de l’Architecture (RMA)
Objectifs de la résidence
- Révéler les richesses et potentiels qui font la singularité des édifices de la ZUP II, labellisés « Architecture Contemporaine
Remarquable » ; - Créer des moments d’échanges sur l’architecture et le cadre de vie en associant les acteurs locaux, les habitants et les
professionnels de l’architecture ; - Créer ou mettre au jour des ressources qui puissent servir à imaginer l’évolution de la ZUP II.
La ZUP II, des architectures contemporaines remarquables
En 1964, face à l’essor démographique de la ville industrielle du Port, la municipalité a décrété la création d’une Zone à Urbaniser en Priorité (ZUP) au nord de la commune. Depuis sa création, le quartier de la ZUP est au cœur des politiques de la ville.
L’aménagement de celui-ci a suivi la logique des grands ensembles de l’époque, influencés par l’architecture moderne. En lieu et place des habitats insalubres ont été construits des ensembles de logements sociaux (immeubles et maisons), des équipements publics et commerciaux.
Parmi ces logements sociaux, l’ensemble de la ZUP II a été construit en 1974 pour la SHLMR et labellisé « Architecture Contemporaine Remarquable » en 2021. La ZUP II est composée de dix bâtiments (neuf blocs et une barre) conçus par Marc Schaub, un architecte majeur des années 60 à La Réunion et à Maurice. Ce label vise à reconnaître les expérimentations formelles et techniques menées dans le cadre de la conception et de la construction de ces édifices (jeux de volumes en façade, organisation intérieure originale, éléments standardisés,…). Le label vise ainsi à mettre en avant la valeur culturelle de ces lieux du quotidien.
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